Genèse de l’A.R.N.P.N.



Début 2007, une énième discussion sur la liste Yahoo ! fut l’occasion pour nombre de confrères d’une indignation devant la situation suivante :


« (…) je suis confrontée à une requête particulière de la part du Directeur de la structure, (…) : celui-ci cherche à "rationaliser" le budget consacré aux évaluations neuropsychologiques (bien sûr trop coûteuses...)...Actuellement, j'y travaille à temps partiel, et sur mes 12h de travail je vois 4 patients pour des bilans de 2 heures (et une heure de rédaction). Le directeur pré-cité cherche donc à nous imposer un nombre supérieur de bilans à réaliser sur le même temps total, ce qui amènerait à réduire et le temps de passation et celui de rédaction, favorisant par la même la quantité à la qualité (sans parler des épreuves qui seraient alors "à faire" ou "à ne pas faire"). Il est bien entendu que si cela ne nous plaît pas, nous ne sommes pas tenus de rester dans cette structure (...) »


Alors chacun, à distance, partage ses propres expériences, conseille tel ou tel argument, en appelle au code de déontologie, propose des solutions….bref, il est question de place dans l’institution, de représentation du travail du psychologue neuropsychologue, de positionnement éthique, de relations hiérarchiques, de protection des actes, d’autonomie professionnelle, etc. sans que rien, au quotidien, n’évolue vraiment.

Une première rencontre entre deux membres actuels de l’ARNPN se fait alors, autour du constat amer de la récurrence de tels témoignages sur tel ou tel forum, dans tel ou tel collège ou groupe de confrères. Les mêmes plaintes, les mêmes préoccupations reviennent. Elles ne sont que rarement partagées, elles restent trop souvent abordées en surface, au détriment de solutions de fond, de perspectives durables.

Convaincus qu’une carence fondamentale est celle de l’identité professionnelle du psychologue spécialisé en neuropsychologie, nous nous accordons alors sur la nécessité d’une réflexion nationale, issue des cliniciens eux-mêmes, sur ces questions. Faute de quoi, le même problème ou une situation analogue se reproduira pour un(e) autre, de manière stérile à la fois pour l’institution, pour les collègues, finalement pour les patient(e)s.

La recherche active d’une organisation d’ampleur nationale susceptible de porter cette réflexion, ou tout au moins cette parole des cliniciens spécialisés en neuropsychologie n’aboutit pas. Nous constatons qu’il n’existe aucune organisation professionnelle à l’échelle nationale qui regroupe les psychologues neuropsychologues. Cela existe dans d’autres domaines de la psychologie, pas pour la neuropsychologie. Nous constatons en outre que les instances représentatives de la profession de psychologue, pour ouvertes qu’elles puissent être, ne portent pas en elles les particularités de la pratique neuropsychologique.

Ces premiers constats nous conduisent à consulter différentes personnes-ressources, clinicien(ne)s, universitaires, associations, collectifs pour évaluer la pertinence d’un rassemblement national. Ce travail durera plusieurs mois, il nous permettra de rencontrer de nombreux partenaires et déjà de tisser des liens forts avec différents acteurs de la psychologie en France. Il aboutira l’été 2007, sous la forme d’une synthèse diffusée le plus largement possible. Cette synthèse inclut une méthodologie visant un objectif inchangé : créer les conditions favorables au rassemblement national des psychologues spécialisés en neuropsychologie. Plusieurs retours positifs, manifestations de soutien et volonté de contribution nous parviennent.

Parallèlement, notre travail de diffusion se poursuit, notamment à travers une publication dans le Bulletin « Psychologues et Psychologies » du Syndicat National des Psychologues (SNP), et à travers un dialogue constant avec la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie (FFPP). Ce travail ne sera jamais assez prolongé, il y va de la nécessité d’informer tous les confrères, comme du besoin d’un partenariat d’avenir avec les représentants institutionnels de la profession auprès des pouvoirs publics.

Dans le même temps, à l’automne, des liens plus étroits se profilent avec le Groupe de Réflexion des Psychologues Neuropsychologues (GRPN), qui a déjà produit un énorme travail de recensement avec la perspective première de faire évoluer la formation initiale, universitaire. Constatant que notre message ne passe jamais si bien que lors de vraies rencontres, nous répondons à leur invitation à Tours, avec d’autres confrères, représentant ou non d’autres groupes de psychologues spécialisés en neuropsychologie. D’autres liens se construisent.
Nous avons la même démarche avec le Collège des Psychologues Cliniciens spécialisés en Neuropsychologie (CPCN), jusqu’à une rencontre commune CPCN – future ARNPN – GRPN en février 2008 à Paris.

Ces multiples échanges, déplacements sont indispensables et fondateurs : ils permettent de répondre à des questions préliminaires à toute entreprise de rassemblement. Il s’agit de se mettre d’accord, au niveau national sur « Qui rassembler ? », donc d’essayer de répondre à la question « Qu’est-ce-qu’un « neuropsychologue » ? », et « Comment rassembler ? », puisque nous ne pourrons agir qu’à la condition que chaque confrère, convaincu de la qualité et de l’intérêt de la démarche, y adhère.

Durant la fin de l’année 2007 et tout ce début d’année 2008, nous avons le souci constant de faire connaître notre démarche auprès des acteurs de la psychologie et de la neuropsychologie : les contacts et partenariats potentiels se poursuivent, avec la Société de Neuropsychologie de Langue Française (SNLF), avec le Groupe de Réflexion sur l’Evaluation des fonctions COgnitives (GRECO), avec les tout récents CPCN Atlantique et CPCN Languedoc-Roussillon.

Dans un souci d’efficacité, nous proposons à tous ceux qui ont répondu favorablement à la synthèse de rejoindre une liste de discussion privée sur Yahoo !, outil qui s’est révélé précieux et efficace dans nos échanges, par exemple, avec la FFPP.

Comme nous nous y étions engagés, une première rencontre réunissant toutes les personnes intéressées par cette démarche s’est tenue le 23 mai dernier à Amiens. Ce fut l’assemblée générale constitutive de l’ARNPN.

Dans ses suites, un recensement des groupes de psychologues neuropsychologues se poursuit, le nombre de confrères ou de groupes nous rejoignant va croissant. L’association suggère à tous les groupes existants de contribuer à cette démarche ; elle incite les confrères n’appartenant pas à de tels groupes d’en rejoindre un, ou d’en créer un.
Chaque groupe qui le souhaite peut facilement contribuer aux objectifs de l’ARNPN en organisant des rencontres avec des membres de l’association, en rejoignant la liste de discussion Yahoo ! qui comporte des documents supports à la réflexion, ou encore en utilisant les fiches de travail proposées à Amiens, et issues de la synthèse. Enfin, la création du site est un pas de plus vers une large diffusion de notre démarche, nous souhaitons qu’elle suscite l’adhésion du plus grand nombre.

Cette association est avant tout un outil qui doit permettre au rassemblement national d’émerger. Le travail accompli jusqu’ici n’aura pas de sens tant que cet objectif n’aura pas été atteint, et l’ARNPN pourra alors être dissoute, laissant sa place à une autre forme d’organisation nationale pour la neuropsychologie clinique.

Cette histoire est en marche, c’est la responsabilité de chacun d’entre nous de l’accompagner, pour lui-même, pour ses confrères et tous ceux qui viendront. De l’ampleur de cet accompagnement viendra la force du groupe, et donc la légitimité de son action.

Notre travail nous a démontré une chose simple. Il suffit à quelques-uns de recenser leurs pratiques, les problématiques rencontrées, dans un cadre structuré comme celui des fiches de travail, puis de faire « remonter » cela au niveau national pour que la communauté des psychologues neuropsychologues avance d’un grand pas dans la connaissance d’elle-même. Cette connaissance étant la condition préalable au rassemblement et à l’action.


Le travail commence, il avancera d’autant plus vite que nous serons nombreux…pour que la neuropsychologie clinique soit portée aussi par les cliniciens, pour que notre voix soit entendue, pour qu’elle enrichisse le champ de la psychologie clinique.

Pour que vive la neuropsychologie clinique !